• Les ponts étrangers
Les ponts étrangers

Les ponts étrangers

Parmi les constructions humaines, le pont est, sans doute, l'une des plus paradoxales par le regard qui est porté sur lu i... oeuvre où la technique prime sur l'architecture. Or, les ingénieurs ne songent guère à valoriser ce patrimoine. Lien entre deux rives, le pont est pourtant un «ouvrage d'art» à part entière ! Ce livre inédit de Fernand de Dartein (1838-1912), inspecteur général des ponts, professeur d'architecture à Polytechnique et à l'École des ponts et chaussées pendant près de quarante ans, est le point d'orgue d'une monumentale «Etude sur les ponts anciens» de plusieurs régions de France : Bourgogne, Languedoc, Centre... L'objectif de l'auteur était d'élargir sa démonstration architecturale à l'ensemble de l'Europe et de placer l'histoire des ponts français dans une perspective plus vaste. Son ambition était de cerner les ponts étudiés dans leurs aspects esthétiques et sensibles, mais aussi dans leur histoire : d'où, pour chacun des ponts étudiés, de véritables monographies historiques, extrêmement documentées. Au travers de celles-ci, on découvre l'attachement profond de l'auteur à comprendre le processus de création du pont, de sa genèse à sa réalisation, car pour lui, l'architecture est d'abord une histoire d'homme. Mais cet ouvrage va bien au-delà de simples notices descriptives ou historiques... car Fernand de Dartein a visité ces ponts, les a mesurés, les a dessinés et les a gravés, délivrant ainsi le plus beau recueil de planches relatives aux ponts de pierre qui ait jamais été publié. La précision et la qualité de ces dessins côtés, aux délicates ombres portées, le souci de la figuration des détails d'architecture susciteront l'admiration du lecteur... comme la sûreté du trait du maître au tableau noir, suscitait l'admiration de ses élèves de Polytechnique lorsqu'il traçait à main levée les voûtes du pont de la Concorde, connaissant par coeur les côtes de l'ouvrage. Il est remarquable que la famille de Dartein ait conservé son oeuvre et ses ar­chives, permettant de publier aujourd'hui ce dernier livre. Hommage est ainsi rendu à une personnalité hors du commun, un ingénieur profondément humaniste, dont les engagements dépassèrent largement le cadre de l'architecture et de la technique. Extrait du livre : Fernand de Dartein, inspecteur général des Ponts et Chaussées, auteur de cet ouvrage inédit, a laissé une oeuvre importante mais en grande partie méconnue. Né à Strasbourg en février 1838, il meurt à Paris en 1912. Entré à l'École polytechnique en 1855, il sort dans le corps des Ponts et Chaussées. Son professeur d'architecture à IX, Léonce Reynaud, remarque d'emblée ses dons de dessinateur, de peintre, d'historien de l'art aussi, qui complètent très heureusement son profil d'ingénieur. Et Dartein succède à Reynaud dès 1867 - il n'a pas trente ans ! - comme professeur à l'École polytechnique ; il y enseignera plus de quarante ans, jusqu'en 1910. Il occupe également la chaire d'architecture à l'École des ponts et chaussées de 1869 à 1903. Cette fonction d'enseignant, mais aussi de pédagogue enthousiaste et déterminé, est au coeur de sa vie professionnelle. Et pourtant, Dartein a toujours tenu à rester aussi un ingénieur de terrain ; sa vie durant, il parcourt les chantiers, contrôle les travaux de construction de chemins de fer, de canaux de navigation, de phares et de ports. Il lui sera même demandé de travailler sur la digue du Mont-Saint-Michel. L'analyse de l'oeuvre révèle, chez Fernand de Dartein, un pragmatisme remarquable et une hauteur de vue impressionnante à cette époque. Ainsi, s'efforce-t-il de prévoir l'impact probable des techniques de son temps sur l'avenir. Rappelant la part importante prise par les ingénieurs «à l'exécution des grands ouvrages d'utilité générale ainsi qu'aux progrès des constructions métalliques», il ajoute : on ne rend pas encore à ces travaux, principale oeuvre de notre époque, la justice qui leur est due. Mais, plus tard, notre architecture vivra surtout par eux, comme celle du Moyen Age vit par ses églises et celle de la Renaissance, par ses palais.» (Dartein, 1874). Dans son enseignement, dans ses recherches en France, en Italie, dans d'autres pays d'Europe, il ne dissocie pas l'étude de l'architecture de celle de la construction. Telle est sa méthode : toute réflexion abstraite part du concret. Il étudie donc la composition et le style, s'intéresse à l'utilité des édifices, examine leur durée. Il se préoccupe de leur beauté, où la décoration, intimement liée à la construction, ne saurait être oubliée. L'histoire de l'art de construire est au coeur de sa démarche : pour lui, son enseignement forme un tout ; Dartein - au sein du conseil de perfectionnement de l'École - luttera, jusqu'en 1910, pour que IX continue à dispenser des cours de dessin et d'histoire de l'art, en complément de ceux d'architecture. Extrait de l'avant-propos Voir la suite

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