• J'habite dans la télévision
J'habite dans la télévision

J'habite dans la télévision

Ce que nous vendons à Coca-Cola c'est du temps de cerveau humain disponible. Chloé Delaume a voulu comprendre en quoi co nsistait la mise en disponibilité mentale des téléspectateurs. Durant 22 mois, du lever au coucher, elle s'est faite "sentinelle" de la télévision, devenant son propre sujet d'étude, se soumettant aux flux de messages médiatiques et publicitaires, ingurgitant Le maximum de programmes de divertissement, téléréalité surtout, pour en ramener " des informations du réel". A travers cette expérience limite, la narratrice décrypte sa mutation en cours: cerveau et corps se modifient inéluctablement. Quand l'humain n'est plus qu'un outil au service de " la fiction collective ". J'habite dans la télévision est un puzzle où chaque pièce pullule de références, de propos télé-rapportés, appliquant au discours du neuro-marketing une grille de lecture singulière, dont la lucidité a parfois des accents paranoïaques. L'humour de Chloé Delaume sédimente ce texte et invite chacun à s'interroger sur la marge de manoeuvre de son libre arbitre. Chloé Delaume est née à Paris en 1973. Elle a notamment publié Les mouflettes d'Atropos (Farrago, 2000), Le cri du sablier (Farrago/Léo Scheer; Prix Décembre 2001), Corpus Simsi (Léo Scheer, 2003) et Les juins ont tous la même peau (La Chasse au Snark, 2005). Elle a rejoint les éditions Verticales en 2004 avec Certainement pas. Extrait du livre : Vous dites : je suis dans la vie, la vie n'est pas la télévision. Parce que chacun en ses régions s'y rend trois heures trente par jour mais que vous tellement moins. Parce que chacun s'y rend vingt-quatre heures trente par semaine, quatre jours et neuf heures par mois, soit mille deux cent soixante heures par an et que vous pas du tout. Parce que tant qu'à aller quelque part pendant cinquante-deux jours et douze heures cette année, vous préférez de loin une île ou sa simple possibilité, juste sa simple possibilité, au bondage boréal de la télévision. Alanguis fauteuil à oreilles, vous dites : je possède une télé­vision. Vous avez beaucoup de mal avec les transitifs et la passivité pénètre principe actif au creux de votre peau. Crâneurs vous ajoutez : j'ai une télévision chez moi mais en fait je ne l'allume jamais. Vous avez à l'espace un rapport peu concluant, j'ai vécu où vous êtes, tout y est inversé, ce n'est pas votre faute, pour socle une nausée d'ange d'avoir trop toupiné. Avachis canapé mythes élimés, vous dites : chez moi la télévision c'est comme si elle n'existait pas. Je vous aurai prévenus. La technique des tenailles exfoliantes, c'est tout sauf une très bonne idée. Ça n'extirpe pas que les comédons, ça râpe l'âme en miroir sans tain. Vous suintez le négationniste, vos pores sécrètent le jus de l'oubli, vous vous faites masque d'une amnésie qui vous dessèche de claustration, vous vous extrayez du réel, du réel de là où vous êtes. Le sébum cireux d'amaurose vous ronge les nerfs saindoux optique, votre esprit se complaît au gras. Patrick Le Lay dit : Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF 1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Voir la suite

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  • Verticales Phase Deux