• Putain de vie !
Putain de vie !

Putain de vie !

Fabrice Bénichou nous livre ici le récit d'une vie hors du commun. Celle d'un boxeur qui remporta, de 1988 à 1995, trois couronnes mondiales et cinq européennes avant de se retirer. Un père extraordinaire, parapsychologue et fakir, une famille qui court le monde, le Mexique, Saint-Domingue, Porto Rico, Israël, Las Vegas... une enfance baignée dans la violence, passée dans les rues au milieu des déshérités, et puis la gloire grâce au noble art, et la chute. Mais si Fabrice Bénichou est un champion patenté, il est aussi un champion blessé. Kidnappé à trois ans, violé à quatre ans, il a joué à la guerre au Liban à quatorze ans, il a ensuite été artiste de music-hall et de cirque à quinze ans. Lui qui avait gagné sa place au panthéon des sportifs a vécu une véritable descente aux enfers : misère, drogue, alcool, dépression et humiliation. Il s'est trouvé souvent à terre, mais s'est relevé à chaque fois. La vie est un combat qui se gagne chaque jour. Fabrice Bénichou nous la raconte avec une gouaille étonnante. Extrait du livre : Ma vie a pourtant démarré sur les chapeaux de roue, au sens propre comme au figuré. Ce 5 avril 1965, mon père, à bord de sa vieille caisse, fonçait dans la nuit madrilène. Maman souffrait atrocement. Une infection utérine s'était développée dans son corps et papa tentait de rejoindre le plus vite possible l'hôpital, le coeur bouffé par l'angoisse. Il connaissait bien un médecin, le docteur Callejo, qui partageait avec lui la passion des phénomènes paranormaux et autres spécialités bizarres de papa. Callejo ira jusqu'à laisser hypnotiser maman afin de diminuer ses souffrances et de permettre un accouchement «sans douleur», malgré une césarienne sans anesthésie. Ce soir-là, c'est à près de cent soixante kilomètres-heure qu'ils rejoignirent l'hôpital, les hurlements de ma mère couvrant les crissements de pneus et les emballements du moteur. De tout son être, maman tentait de faire face à l'angoisse et à la souffrance. J'allais être son premier et unique enfant. Un tout petit bout de chou pour un gros paquet d'emmerdes. Celles-ci n'allaient guère tarder à commencer. Je suis né dans la nuit tandis que ma mère était en catalepsie, et les complications ne se firent pas attendre. Mon poids a chuté en quelques heures de manière ver­tigineuse. Je suis passé de 2,8 kg à 1,3 kg. Les toubibs étaient plus que pessimistes sur mes chances de survie. Dans l'Espagne franquiste, la prière remplaçait parfois l'espoir et personne aux alentours ne donnait bien cher de ma toute jeune peau. Bénichou signifie «fils de Jésus» : «En voilà encore un qui ne fera pas de vieux os...» En 65, papa était une vedette qui passait à la télévision et enthousiasmait les foules avec des tours dont il a toujours eu le secret. Le seul hosto équipé d'une couveuse dans tout Madrid était l'hôpital américain. A force de pugnacité et en faisant jouer ses relations, mon père m'y a fait admettre et je me suis retrouvé sous cloche. Maman, quant à elle, s'est rétablie tant bien que mal. Les toubibs lui ont expliqué que la seule séquelle que je devrais garder de tout cela serait une déformation du palais. Encore aujourd'hui, je me trimballe un cheveu sur la langue qui a des allures de crinière. Pour le reste, seuls mes potes, lorsqu'ils sont en mal de vannes à me balancer, osent avancer une autre hypothèse. Il n'y aurait pas que mon palais à avoir été touché : mon cerveau a forcément dû prendre un sacré coup. Une excuse qui me permet de sortir parfois la plus grosse des conneries, avec une sorte de jubilation ostentatoire. Il faut dire que rien durant sa grossesse n'a été épargné a ma pauvre mère. Papa s'en servait comme assistante dans ses spectacles, et c'est elle qui, bien souvent, devenait son cobaye. Enceinte de cinq mois, mon père la plongeait en catalepsie devant un auditoire médusé, avant de casser un gros morceau de parpaing sur son ventre. Il lui transperçait également les bras à l'aide d'aiguilles et autres délires du genre. Lorsque j'y pense aujourd'hui, je me dis que mes potes ont peut-être raison. De toutes ces frasques hallucinantes, il a bien dû subsister des traces... Voir la suite

  • 2259207413

  • Plon