• Dictionnaire amoureux de l'Italie
Dictionnaire amoureux de l'Italie

Dictionnaire amoureux de l'Italie

Il y a tout juste dix ans, Dominique Fernandez décida de rassembler la somme de ses nombreux écrits sur l'Italie. Cet im posant volume était logiquement conçu de manière abécédaire. Le titre général retenu par son auteur était tout à la fois évident et banal : Le Voyage d'Italie. Nous nous permettons d'écrire «banal» car, depuis Goethe, le nombre d'auteurs ayant publié un Voyage d'Italie est impressionnant. C'est donc fort judicieusement que Dominique Fernandez explicita sa démarche anthologique par un sous-titre qui vaut toutes les déclarations : Dictionnaire amoureux. Il n'est que justice que la collection dont il est l'inspirateur involontaire reprenne, augmenté de près de 200 pages, son Voyage d'Italie, le transformant en Dictionnaire amoureux, édition que nous pouvons désormais considérer comme définitive. Dessins d'Alain Bouldouyre Dominique Fernandez, critique, romancier, éternel voyageur. Il a publié notamment : Porporino ou les Mystères de Naples (Grasset, Prix Médicis 1974), Dans la main de l'ange (Grasset, Prix Goncourt 1982), La Perle et le Croissant (Pion, 1998), Dictionnaire amoureux de la Russie (Plon, 2004), Place rouge (Grasset, 2008). Extrait du livre : Art de vivre Au début d'un livre où il va être beaucoup question de monuments, de tableaux, de musées, la lettre A me donne l'occasion de faire une légère entorse amoureuse à l'ordre alphabétique, pour déclarer que cette Italie-là n'est qu'une de mes Italies, et peut-être même pas celle que je préfère. L'Italie, pour moi, c'est d'abord l'Italie qui sait vivre, qui possède l'art du bonheur, qui n'est jamais dans la déploration ni dans la rogne, l'Italie populaire, qui a le sens du spectacle et de la fête, l'Italie et les Italiens de la rue. L'attitude respectueuse, cérémonieuse, qu'on adopte malgré soi dans les musées, les pas feutrés, l'air contrit, l'obligation de stationner quelques instants devant chaque oeuvre exposée, sous peine de passer pour un rustre (surtout de nos jours, où s'est répandue la religion du pensum culturel), sont absolument contraires au tempérament italien, au bouillonnement vital, à l'impertinence, au cynisme des Italiens. Admirer en silence, non, ce n'est pas dans leur nature. «Les musées et les monuments, moi, ça m'emmerde assez, même en Italie», écrit un jeune romancier français. Je ne suis pas loin de partager son avis, même si je n'oserais pas le formuler en termes aussi crus. «Même en Italie», il arrive qu'on rassemble des croûtes avec une dévotion ridicule. Le jeune auteur cité (Nicolas Fargues, J'étais derrière toi, 2006, il avait alors trente-quatre ans) dit excellemment ce qu'il a aimé d'abord en Italie : la manière du chauffeur d'autobus de tenir son volant, la souplesse, l'aisance des Italiens, leur façon d'être bien dans leur peau, la gentillesse des commerçants, l'absence générale de mesquinerie, la facilité de contact entre les gens, la frime décontractée. Cocteau avait déjà eu cette formule élégante : «Les Italiens sont des Français de bonne humeur.» Avec le temps, semble-t-il, nous devenons de plus en plus tristes, moroses et rechignes, capables seulement de râler, jamais contents de notre sort, tandis que les Italiens ont gardé le secret de s'épanouir, en toute circonstance et quelles que soient les difficultés rencontrées. Voir la suite

  • 2259209483

  • Plon

  • Dictionnaire amoureux