• La princesse mendiante
La princesse mendiante

La princesse mendiante

C'était au Mewar, en Inde du Nord, au temps d'Akbar. C'est l'histoire de Mirabaï, la fillette qui épousa un roi mais qui aimait le dieu Krishna. C'est la légende de Mirabaï, qui dit non au bûcher, non à l'obscurantisme. Sur les routes, dans la chaleur et la poussière, elle chante et elle danse. Elle mendie et les pauvres la bénissent. C'est le roman d'une femme qui aime et se révolte. Romancière et philosophe, Catherine Clément est l'auteur de nombreux romans. Pour l'amour de l'Inde, La Señora, Le Voyage de Théo... Elle a aussi vécu cinq ans en Inde. Extrait du livre : La nuit tomba. Le bûcher rougeoyait ; les chargés de la mort tisonnaient les braises avec leurs longs crocs. Un tas noirci d'entrailles et de chairs calcinées achevait de se consumer. La foule était partie ; Mira était restée. Cramponnée au pilier, les lèvres gonflées d'avoir trop pleuré. Assise à l'écart, la nourrice grignotait des pistaches en attendant que la fillette se calme. C'était une grosse fille avec une verrue à la naissance du nez, qu'elle grattait tout le temps. «Si c'est pas malheureux, répétait-elle en crachant les fragments de coques. Une fille de Rajpoute.» Quand les grelots tintèrent, elle se releva précipitamment, tout essoufflée. La mère de Mira. La nourrice reconnaissait le léger son des bracelets de pieds et de leurs grelots d'argent. Depuis l'aube, la mère de la petite était devenue Rani à la place de celle qui était morte. L'épouse du jeune Ratna Singh, le nouveau Rana de Merta, avait assisté à la cérémonie de loin, derrière une jalousie. Contrairement aux usages, elle ne semblait pas heureuse de voir sa belle-mère devenir immortelle. On l'aurait vue pleurer, ce qui n'était pas bien. Quel manque de courage ! Ce n'était un secret pour personne que la nouvelle Rani désapprouvait le rite, on ne savait pas pourquoi. Peut-être ces moines jaïns qu'elle protégeait. Peut-être aussi parce qu'elle n'avait pas encore accouché d'un garçon. À dix-huit ans ! Après six ans de mariage ! Une vraie malédiction. Elle changerait d'avis quand elle aurait donné un fils à son époux. Elle était très petite. Empaquetée dans son sari de gaze blanche, on lui aurait donné douze ans, peut-être treize. La raie dans ses cheveux était très convenable ; poudrée de rouge comme il sied à une épouse hindoue - sur ce point, il n'y avait rien à dire. Pour le reste, l'épouse du jeune Rana laissait à désirer. Elle n'était pas très belle - il lui manquait un oeil. Elle était très foncée. Et elle était trop maigre. Elle n'avait aucun des attraits d'une vraie beauté hindoue. Mais cela ne comptait pas. Pourquoi la nouvelle Rani charmait-elle tous les coeurs ? Inexplicablement, son mari l'adorait. C'était l'autre oeil, sans doute, l'oeil vert d'or. La grâce de sa démarche. Et sa voix claire. Quand la petite Rani chantait, les gens cessaient de travailler. Elle entra en courant et dévoila sa tête en secouant ses cheveux. Quand elle vit sa fille en sanglots, elle s'arrêta ; l'oeil vert d'or s'assombrit. La nourrice se prosterna. - Ta mère, Mira, chuchota la nourrice. Retourne-toi. S'il te plaît. Ne me fais pas honte, ma tourterelle. -Eh bien ? dit la Rani. Qu'arrive-t-il à ma fille ? Qu'est-ce que vous avez fait ? Voir la suite

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  • Du Panama