• La tresse
La tresse

La tresse

Trois destins : Ayub, chrétien d'un pays musulman condamné à mort au nom de la charia sous l'accusation de blasphème ; H enriette, femme de la campagne française, emprisonnée pour avoir tué son mari au terme de décennies d'humiliation et de grossesses infligées; Malik, jeune prostitué appliqué à sa propre perte. Séparées par le temps, la géographie, les cultures et les religions, soutenues ou tourmentées par les figures des Mères, de la Tante, du Mari, du Délateur, du Client, de l'Évêque, du Transparent, et enfin de Daniel, ces vies ne sont que trois des innombrables fibres qui composent la tresse universelle de l'oppression -qu'on la subisse de l'autre ou se l'inflige soi-même. Entrecroisant les motifs, les époques, les situations, les rôles, les discours, les niveaux de langage, les rythmes..., multipliant les effets de chevauchement et de réverbération, La Tresse n'est pas seulement le thème central et le titre de la pièce : elle en constitue la structure même. «Mon dieu c'est infernal, j'ai le cerveau tout entier habité par une corde, une corde épaisse, hideuse, et qui se moque.» (La mère d'Ayub) André Sarcq est né dans le Poitou, il vit à Paris. Il a publié des nouvelles, articles, textes et poèmes dans différents journaux et revues, et un livre aux éditions Actes Sud, La Guenille (bourse CNL de la poésie, 1995). Depuis 1996, il poursuit parallèlement des travaux d'écriture poétique et dramatique. Outre La Tresse (bourse DMDTS d'écriture dramatique, 2002) il a publié deux pièces, également aux Impressions Nouvelles et avec le soutien de Beaumarchais : Comme le mot neige (bourse Beaumarchais, 2003) et Nous nous dirons donc vous. Extrait du livre : AYUB, derrière les barreaux. - Non maman, non. Pas lui. Pas le juge. Pas la peine. Il ne t'écoutera pas. Mais un bon avocat, ça oui, c'est important. Prends-le plutôt musulman, si tu en trouves un qui veuille bien défendre un chrétien. Mais qui veuille vraiment, hein, ne te fais pas avoir. Fais attention à ton argent. L'argent, tu sais bien qu'il n'y a que ça qui les intéresse chez nous. Pour le reste... LA MÈRE, voilée. - Oh, pour le reste, ils nous effaceraient bien du pays d'un coup de torchon, s'ils pouvaient. Mais l'argent, on n'en a pas beaucoup... Et où trouver cet homme ? Je suis une femme simple, moi, et ton pauvre père... À qui pourrais-je demander de l'aide ?... Est-ce que ça existe encore, dans ce pays, un homme prêt à défendre les gens comme nous ?... Il y aurait bien... AYUB.- Oui ? LA MÈRE. - Il y aurait bien Monseigneur John... AYUB. - Maman ! Tu n'y penses pas ! Un évêque ! Mais c'est parce que je suis chrétien qu'ils veulent ma peau ! Un évêque pour me défendre ! Tu veux les rendre fous ! LA MÈRE. - Je ne sais pas mon petit, je ne sais pas... Peut-être pas pour te défendre directement, mais... Il est très connu. Et puis, il a l'habitude de leur parler. Il nous a toujours protégés, autant qu'il a pu... Et toujours dans le respect de la loi, sans violence, jamais de violence. AYUB. - L'apôtre de la non-violence, oui, lui aussi... Comme l'autre, de l'autre côté de la frontière, il y a soixante ans... Je doute que ça lui réussisse aussi bien. De toute façon, ils se foutent de la référence. Ils haïssent les hindouistes encore plus que les chrétiens. LA MÈRE. - Ne désespère pas, mon petit. Il faut garder confiance. Dieu veillera sur nous. Il faut garder confiance... Dis-moi, Ayub... c'est bien vrai que tu ne l'as pas dit ? AYUB.- Quoi ? LA MÈRE. - Ce qu'ils te reprochent. Les mots sur le prophète... le blasphème... Tu n'as rien dit, n'est-ce pas ? AYUB. - Maman ! LA MÈRE. - C'est bien, mon fils, je te crois. On a la vérité avec nous. Tu seras libre, c'est sûr tu seras libre. Voir la suite

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