• Le rire de la grenouille
Le rire de la grenouille

Le rire de la grenouille

Nous sommes aujourd'hui, face à notre avenir incertain, comme nos ancêtres qui craignaient de ne plus voir le soleil. La réponse à cette peur qui parfois nous agite réside dans les contes et leur sagesse immémoriale. Eux seuls savent transformer les menaces en miracles. Mais encore faut-il les écouter. «Fais comme moi, disent ces simples récits. Ne sois rien qu'une conscience éveillée, capable de capter tout ce qui peut la nourrir. La grosse patte du lion ne peut capturer le papillon. Face à la mort, aux pouvoirs, à tout ce qui enferme, sclérose ou pétrifie, sois un papillon.» Schéhérazade invente et dit des contes pour tenir la mort à distance. Et la vie prend le dessus. Ainsi les contes ont traversé les pestes, les guerres ou les révolutions. De page en page, Henri Gougaud les interroge et ils lui répondent : «Imite-moi et tu survivras. N'aie pas peur de te transformer sans cesse.» À la fois drôle et apaisant, ce récit singulier, truffé d'histoires, est un vrai livre de sagesse. Henri Gougaud, auteur de chansons, homme de radio, pionnier du renouveau des contes, est l'auteur de nombreux ouvrages (romans, récits, recueils, essais divers), parmi lesquels : Le Grand Partir (roman, Grand prix de l'humour noir, 1978) ; L'Arbre à soleils (1979) ; Bélibaste (1982) ; La Bible du hibou (1993) ; Les Sept Plumes de l'aigle (1995) ; L'Homme qui voulait voir Mahona (2008). Extrait du livre : J'imagine, dans une clairière de la forêt du temps, une troupe de pauvres gens accroupis au seuil d'une grotte. C'est le crépuscule. Le soleil vient de disparaître derrière les arbres. Comme chaque soir, ces hommes, ces femmes s'inquiètent. Et si cette fois il ne revenait pas, ce père lumineux qui tous les matins nous réveille ? Si cet être prodigieux qui fait toutes choses vivantes nous abandonnait à la nuit ? J'imagine, au milieu d'eux, une mère. Elle s'effraie, elle aussi. Elle serre contre elle son enfant. Il geint, il a froid, est mal. Et voilà que ce soir-là l'angoisse de ce fils, dans l'obscurité où ils sont, lui est soudain plus insupportable que celle qu'elle-même éprouve. C'est ainsi que lui vient l'amour, l'oubli de soi dans le souci de l'autre. Et l'amour lui inspire la première berceuse, le premier conte, la première parole dite pour attendrir la nuit, pour tempérer la peur. Sa voix n'est qu'un murmure imprécis mais rassurant, cahotant mais brave. Elle ne sait pas, personne ne sait que cette parole chantonnée à l'oreille de son enfant est le premier surgissement de la source qui deviendra, un jour, le vaste fleuve de toutes les littératures humaines. Voir la suite

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