• Les Eotilé de Côte d'Ivoire aux XVIIIème et XIXème siècles
Les Eotilé de Côte d'Ivoire aux XVIIIème et XIXème siècles

Les Eotilé de Côte d'Ivoire aux XVIIIème et XIXème siècles

Premier ouvrage consacré à l'histoire des Eotilé, riverains de la lagune Aby au sud-est de la Côte d'Ivoire et dont l'ac tivité principale est restée la pêche jusqu'aux années 19 50, ce livre est l'aboutissement de presque quarante années de recherche. Loin de la classique monographie ethnographique et d'une vision figée des sociétés africaines, il révèle la relation fondamentale entre pouvoir lignager et religion, et montre comment écrire l'histoire d'un groupe organisé en lignages et sans traditions écrites. Claude Hélène Perrot, qui se place résolument sous la bannière de la microstoria, a mobilisé des sources très variées. Elle analyse l'ensemble des sources écrites et cartographiques connues, en particulier des récits français du XVIIe siècle, à l'époque où la compagnie de Guinée avait établi un fort à Assinie, ainsi que d'anciennes cartes portugaises ; elle exploite ses propres enquêtes orales et, afin de déceler les traces du passé dans le présent, ses observations directes de la société eotilé, de la vie matérielle aux célébrations des différentes déités (bosson) protectrices des neuf lignages eotilé. Les Eotilé, soumis aux Anvi et intégrés dans le royaume du Sanwi (1725), réussissent cependant à regagner au milieu du XIXe siècle une certaine autonomie dans l'espace lacunaire avec la fondation de nouveaux villages et le maintien, par l'entremise de leurs bosson qui intimidaient jusqu'à leurs maîtres anyi, d'un contrôle exclusif sur leurs aires de pêche et leur environnement. Si la société monarchique et hiérarchisée des Anyi du Sanwi donne la prééminence aux ancêtres royaux, chez les Eotilé prédominent des bosson dont les manifestations et les célébrations spectaculaires ne sont pas créatrices de pouvoir centralisé mais au contraire renforcent le caractère lignager de cette société lagunaire. La stratégie d'accroissement des lignages prend en effet appui sur leur alliance avec un bosson tutélaire. C'est à travers cette médiation religieuse que les lignages ont pu acquérir des profits matériels, accroître leurs effectifs par les captifs et structurer politiquement la société. Une centaine de photographies, traitées comme de véritables sources documentaires, enrichissent l'ouvrage. Chimie Hélène Perrot, professeur émérite à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, est spécialiste de l'histoire de l'Afrique. Elle a publié notamment Les Anvi-Ndényé et le pouvoir aux 18e et 19e siècles (Publications de la Sorbonne, 1982), une analyse historienne des sources orales, originale et pionnière. Extrait du livre : À Ama Kolia Anne-Marie À Asoumou Bilé Guillaume Dans les villages éotilé de la lagune Aby, j'ai été accueillie avec une chaleur et une générosité qui ne se sont pas démenties durant près de quarante ans, même lorsque, le temps passant, on pouvait nourrir quelque doute sur l'achèvement de l'écriture d'une histoire des Eotilé annoncée, dès mes premières enquêtes, comme une sorte de contrat qu'il m'incombait de remplir. J'ai alors compris combien la connaissance de l'histoire était sur ces terres africaines un besoin fortement ressenti. Il existait aussi, dans un contexte bien différent, chez les Anyi de la région d'Abengourou (le Ndényé) où je séjournais en alternance, partageant mon temps jusqu'en 1970 entre Akounougbé au bord de la lagune, Zaranou dans le Ndényé et l'université d'Abidjan. Cependant, chez les Eotilé, le besoin d'histoire prenait la forme d'une revendication passionnée, devenue exigence de reconnaissance après deux siècles de sujétion. A cette découverte, mes études uni­versitaires ne m'avaient aucunement préparée. À Paris, en 1960, on discutait encore dans les séminaires de la notion d'une histoire «cyclique» appliquée aux sociétés africaines, opposée à celle d'une histoire «linéaire» propre aux Occidentaux. Or les Éotilé n'avaient pas attendu l'arrivée d'une historienne étrangère pour faire sortir de l'ombre leur passé antérieur à la domination des Ami du Sanwi, ni pour réapprendre leur langue. J'arrivais en pleine «renaissance éotilé». Une autre découverte, tout aussi frappante, fut la vitalité des relations des vivants avec les défunts, qui parfois venaient inspirer directement leurs propos et leurs récits. Cela n'était certes pas sans incidences sur l'exercice de la critique historique. Mais, après tout, n'a-t-il pas existé un fort courant d'empathie entre Michelet et Jeanne d'Arc, entre Albert Soboul et les sans-culottes, ou entre Pierre Goubert et les paysans du Beauvaisis ? Extrait de l'avant-propos Voir la suite

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  • De La Sorbonne Editions

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