• Les paradoxes du modèle nordique
Les paradoxes du modèle nordique

Les paradoxes du modèle nordique

Global Utmaning (Global Challenge) Klas Eklund Les pays nordiques ont montré une résilience remarquable durant la récente crise économique mondiale. Ils sont certes, eux aussi entrés en récession, mais ils n'ont pas été confrontés à une crise bancaire, ni à celle des finances publiques ou de la balance des paiements. Cette solidité a ravivé chez nombre de décideurs politiques l'intérêt pour le modèle nordique. S'ils sont différents par bien des aspects, ces pays présentent toutefois de nombreuses similitudes : ils sont petits, ouverts, disposent d'un revenu par habitant élevé et d'un secteur public étendu. Mais leur principal trait commun est la manière dont ils ont géré les graves crises qu'ils ont eu à affronter dans les années 1980 et 1990. Un cadre macroéconomique radicalement nouveau est né de cette expérience avec l'instauration de règles budgétaires strictes, la déréglementation et la réduction des prestations sociales. L'expérience nordique montre donc que des pays minés par les difficultés peuvent néanmoins - sous certaines conditions - se redresser, afin de retrouver stabilité et prospérité. La flexicurité à la peine Le Monde.fr Philippe Askenazy Les pays nordiques ont expérimenté, au cours des dernières années, une troisième voie en matière d'emploi : la « flexicurité ». Cette stratégie d'activation du marché du travail combine une flexibilité accrue pour les entreprises et une sécurisation du salarié, notamment à travers le maintien de son employabilité. Ce modèle est souvent mis en avant pour expliquer les bonnes performances des pays scandinaves en matière d'emploi. Mais d'autres raisons pourraient également expliquer les succès qui ont été remportés dans ce domaine, comme le choix qu'ont fait ces pays en matière de politique d'innovation, notamment dans le secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La qualité du système de formation continue, élément central dans le dispositif du maintien de l'employabilité, est aujourd'hui mise en doute. De même, la hausse sensible du chômage dans les pays nordiques durant la crise pourrait renforcer les interrogations concernant les vertus du modèle de la flexicurité. Quand l'Etat-providence devient un « Etat des ressources humaines » Norwegian School of Management et Université d'Oslo Carlos Joly, Per Ingvar Olsen Comment, avec des niveaux si élevés d'impôts et de dépenses publiques, les pays nordiques peuvent- ils continuer à prospérer? Une des explications de ce succès paradoxal tient à ce que dans ces pays le concept d'Etat providence est bien différent de celui ayant cours en Europe continentale : il s'agirait, plutôt, d'« Etat de ressources humaines » cherchant à gérer les ressources humaines, capitalistiques et naturelles au bénéfice de tous, sans privilégier ni les entreprises, ni les salariés. Cette gestion est basée sur une ingénierie subtile des relations politiques, économiques et sociales. Ses principales caractéristiques sont les suivantes : des relations entre les partenaires sociaux inscrits dans la loi, un système fiscal qui pèse relativement modérément sur les personnes et les entreprises, un rôle important de l'Etat dans sa fonction de régulation et de protection de la concurrence, une propriété locale dans le secteur de la banque et de l'assurance et, enfin, un système de sécurité sociale basé sur le principe d'échange. L'assurance chômage suédoise : une réforme insolite Frankfurter Allgemeine Zeitung Sebastian Balzter En s'appuyant sur une nouvelle interprétation de la justice sociale, la réforme de l'assurance chômage en Suède, mise en ouvre le 1er janvier 2007, a bouleversé l'architecture traditionnelle du système. La mesure la plus symbolique a été le désengagement de l'Etat du financement des caisses d'assurance chômage (de près de 95 % avant la réforme à moins de 60 % du total aujourd'hui). Le système se décompose ainsi en une assurance de base (faible) et une assurance complémentaire facultative, dont les contributions sont calculées non pas en fonction du salaire, mais du risque de se trouver au chômage. Le gouvernement a expliqué le bien-fondé de sa réforme par sa volonté de renforcer le caractère assuranciel du système. « Foyer du peuple », productivisme et démographie économique : les fondements du modèle suédois Histoire politique Jenny Andersson Selon une représentation dominante, la social-démocratie suédoise serait à l'origine de l'Etat providence du modèle nordique. Une autre interprétation est également souvent mise en avant selon laquelle c'est bien davantage dans l'esprit et la mentalité des peuples scandinaves et non pas dans les luttes politiques des années 1930 qu'il faut chercher les fondements du modèle. La politique d'intégration du social et de l'économique peut dès lors être comprise comme une stratégie non pas anti-marché, mais plutôt d'insertion des valeurs de marché dans la société. Ce pragmatisme plonge ses racines dans l'idée du « foyer du peuple », une métaphore clé dans l'histoire politique suédoise, et dans l'association entre productivisme et démographie économique, telle qu'elle a été établie par l'économiste suédois Gunnar Myrdal. Ainsi, l'Etat providence en Suède ne serait rien d'autre qu'une politique sociale en mesure de bâtir un « foyer du peuple » efficace et économiquement rationnel. EGALEMENT DANS CE NUMERO DEPENDANCE Quelle solidarité pour l'aide à l'autonomie ? Etudes Bernadette Moreau En février 2011, le débat national sur la dépendance s'est déroulé dans un contexte financier très contraint. Les enjeux sont multiples : faire face à l'inflation continue des dépenses d'allocation personnalisée d'autonomie (APA), qui pèsent surtout sur les départements ; favoriser le maintien à domicile et réduire la somme qui reste à la charge des personnes âgées dans les maisons de retraite. Cependant, le débat ne peut se limiter à des questions d'équilibre financier. Le véritable enjeu est la solidarité entre les générations. C'est la raison pour laquelle on parle également parfois de « cinquième risque de protection sociale ». CAPITALISME Dix ans après Enron : le nouveau visage du capitalisme Revue d'économie industrielle Olivier Pastré Une décennie s'est écoulée depuis la faillite retentissante d'Enron, une entreprise emblématique, au tournant du siècle, du capitalisme américain et de ses dérives. Le scandale suscité, en son temps, par cet événement a provoqué, en matière de gouvernance d'entreprise, un choc salutaire qui a conduit, de part et d'autre de l'Atlantique, à la mise en ouvre d'un certain nombre de réformes. L'auteur dresse le bilan des progrès accomplis depuis lors. Il rend compte, à un moment clé de l'Histoire, où l'on assiste au basculement du centre de gravité de l'économie mondiale du Nord vers le Sud, des évolutions en cours concernant les différents capitalismes. S'il n'existe pas de schéma « idéal-type » de gouvernance des capitalismes nationaux, l'auteur esquisse, néanmoins, les voies à explorer afin de se doter de nouveaux outils de régulation et de favoriser l'adoption de meilleures pratiques. INDUSTRIE La seconde révolution automobile et ses contours Sociétal Bernard Jullien L'industrie automobile dans les pays du Nord a été très durement frappée par la récente crise économique mondiale. Si elle a été moins sévère pour les constructeurs européens, ainsi que pour le sud-coréen Hyundai, les américains se sont retrouvés, eux, en 2009, au bord de la faillite, tandis que les japonais étaient particulièrement fragilisés. Le paysage automobile mondial post-crise est appelé à se transformer profondément avec la montée en puissance des grands pays émergents, comme la Chine et le Brésil, les nouveaux enjeux environnementaux et technologiques auxquels cette industrie est désormais confrontée, ainsi qu'en raison des changements qui s'opèrent concernant la demande, en particulier dans les pays riches. La place des constructeurs au sein de la filière automobile est également en train d'évoluer, de même que les rapports que ces derniers entretiennent avec les pouvoirs publics. MATIERES PREMIERES La hausse du prix du pétrole amplifie l'inflation INSEE Première Géraldine Seroussi et Marie-France Scansaroli Si, en France, l'inflation continue d'être portée par la hausse des prix des services, elle doit, en 2010, son accélération au prix de l'énergie. L'accroissement du cours du brent, au second semestre 2010, qui a dépassé de 20 % celui de 2009, atteignant 91,8 dollars le baril contre 74,5 dollars, a en effet fortement tiré vers le haut l'inflation qui a progressé, en moyenne annuelle sur l'année 2010, de 1,5 % (contre 0,1 % en 2009) - 1,8 % en glissement annuel. Ainsi, l'énergie est, selon les calculs de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), responsable pour 1 point de l'évolution globale de l'inflation, laissant loin derrière le tabac et les loyers. Voir la suite

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  • Documentation Francaise

  • Revue Problemes Economiques*, numéro 3024