• Phénicia
Phénicia

Phénicia

Le philosophe Zénon n'a jamais caché ses origines phéniciennes. A Athènes où il a fondé l'école des stoïciens, il racont e à son disciple Apollonios la tragédie de sa mère, une Tyrienne prénommée Elissa. La jeune femme accompagne son oncle dans un long périple qui lui permet de découvrir les comptoirs phéniciens qui jalonnent la côte méditerranéenne. A son retour, Tyr, sa ville natale, se retrouve assiégée par l'armée d'Alexandre le Grand dont l'ambition est d'annexer tous les ports de Phénicie. La résistance s'organise. Les Phéniciens refusent l'occupation, multiplient les stratagèmes pour venir à bout de leur ennemi et, durant sept mois, vont se battre avec l'énergie du désespoir. Ils n'ignorent pas que le devenir même de leur civilisation est enjeu... A travers les récits croisés de l'assiégeant et de l'assiégé, Alexandre Najjar nous propose une double perspective du siège de Tyr, en même temps qu'une métaphore du Liban, pays meurtri avide de liberté. Alexandre Najjar est né à Beyrouth en 1967. Avocat, responsable du supplément L'Orient littéraire, il est l'auteur de romans historiques (dont Les Exilés du Caucase, Grasset, 1995 ; Le Roman de Beyrouth, Plon, 2005), de biographies (Khalil Gibran, Pygmalion, 2001) et d'un récit sur la guerre du Liban (l'Ecole de la guerre, La Table Ronde, 1999), traduits dans une douzaine de langues. Extrait du livre : C'est en terre phénicienne que j'ai vu le jour, moi, Apollonios de Tyr. Exilé à Athènes depuis l'âge de quinze ans, je ne manque de rien, sauf de la ville de mes ancêtres. Pour tout dire, je suis un déraciné. Comme mon maître Zénon de Kition, j'ai tou­jours gardé la Phénicie dans mon coeur. Le père de Zénon, Mnasée, était originaire de Sidon. Il y prati­quait le commerce et se rendait souvent à Athènes d'où il rapportait des livres socratiques qu'il offrait à son fils. Vers l'âge de trente ans, Zénon prit la mer pour transporter jusqu'au Pirée de la pourpre, confectionnée à partir d'un coquillage appelé murex. Mais il fit naufrage et se retrouva à Athènes. Il s'installa dans une vieille bâtisse située près d'une librairie. Là, il lut le deuxième livre des Mémorables de Xénophon - qui contient une longue discussion entre Socrate et Aristippe sur le plaisir et la tempé­rance - et en fut si charmé qu'il décida d'aller à la recherche de philosophes capables de lui enseigner la sagesse. Par chance, Cratès de Thèbes passait par là. Le libraire le lui montra du doigt et lui dit : «Suis cet homme !» Zénon obéit et s'en alla écouter ce Cynique qui prônait la liberté et transgressait impudemment tous les interdits. Par timidité, il préféra toutefois rester à l'écart. Cratès remarqua le jeune homme et, pour l'aguerrir, lui donna un pot de purée de lentilles à porter dans le quartier du Céramique. Comme Zénon refusait, alléguant que cette tâche était réservée aux esclaves, il frappa le pot d'un coup de bâton et le brisa. Sentant la purée lui couler le long des jambes, le jeune homme prit la fuite. Cratès s'écria alors : «Pourquoi te sauves-tu, petit Phénicien, je ne t'ai fait aucun mal ?» Ce fut là la première leçon que Cratès inculqua à Zénon : l'humilité. Extrait du prologue Voir la suite

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