• Les jardins d'Istanbul
Les jardins d'Istanbul

Les jardins d'Istanbul

Eric Le Nabour fait revivre les dernières heures de l'Empire ottoman à travers l'histoire de Marie, qui découvre la magi e d'Istanbul et enquête sur la mystérieuse disparition de son époux. 1894. De l'Empire ottoman, en partie démembré, surendetté, Marie Dehenin ignore tout. Elle est venue s'approprier l'héritage d'Alexandre, son mari défunt, qui l'a quittée pour l'aventure en Orient. A Istanbul, Marie noue de précieuses amitiés mais suscite aussi la suspicion. Elle cherche avant tout à connaître la vérité sur Alexandre. Dans quelles conditions est-il mort ? Pourquoi sa fortune a-t-elle disparu ? Deux hommes vont s'efforcer de l'aider : Franz von Hidelsheim, attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, et Olivier de Giverny, brillant homme d'affaires bordelais. Tous deux amoureux d'elle, ne seraient-ils pas cependant mêlés au passé trouble d'Alexandre ? Dans une ville mystérieuse, déchirée par les ambitions des puissances internationales, Marie va devoir trouver des réponses à ces questions. Un roman envoûtant aux couleurs de l'Orient. Né à Caen, Eric Le Nabour est diplômé et passionné d'histoire. Il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques, romans, biographies, récits et articles pour des revues d'histoire. Il a publié aux Presses de la Cité, dans la collection Sud Lointain, Orages sur Calcutta et Les Démons de Shanghai. Extrait du livre : Le soleil l'attendait à la descente du bateau. Un soleil énorme et semblable à une grosse orange de feu qui embrasait le port d'Istanbul, noyant la foule sur les quais dans une sorte de brume pulvérulente et chaude. Une chaleur de fournaise écrasait les quais. - Alors c'est ça, maman... dit Sarah. - C'est là, dit Marie, nous sommes arrivées. La petite main de Sarah et celle de sa soeur Léonie se refermèrent sur ses poignets. Le coeur serré, Marie Dehenin les entraîna vers le bureau des douanes, affrontant la cohue et l'obséquiosité des drogmans, ces guides plus ou moins officiels qui s'emparaient sans coup férir de vos passeports et ne vous lâchaient plus avant de vous conduire à l'hôtel ou à la destination de votre choix. Elle préféra affronter seule les formalités de douane. Comme on le lui avait annoncé à Paris, celles-ci traînèrent en longueur. Il lui fallut parlementer longuement sans convaincre, puis ouvrir ses deux valises sous l'oeil inquisiteur de fonctionnaires particulièrement zélés qui fouillèrent sans ménagement dans ses vêtements et son nécessaire de toilette. L'un d'eux examina même avec circonspection deux revues de mode illustrées achetées à Paris. Après quoi, devant les juger trop «osées» pour un pays musulman ou désirant se les approprier, il les confisqua sans commentaire. L'examen des passeports prit lui aussi un temps fou, et Marie se demanda si elle parviendrait jamais à se débarrasser de ces formalités. Quand on la laissa enfin partir, elle éprouva un sentiment de soulagement qui la fit presque crier de joie. C'était compter sans la furie des porteurs, les harnais, qui, l'apercevant, se précipitèrent sur elle pour s'emparer de ses bagages. Les harnais travaillaient de concert avec les drogmans et personne n'échappait à leur harcèlement. La présence des filles et quelques mots jetés en turc l'aidèrent à se débarrasser d'eux. Qu'elle refusât de se sou­mettre au rituel obligé et de passer par leur intermédiaire les jeta cependant dans une colère violente. Ils l'abreuvèrent de malédictions sans nombre, puis se jetèrent sur d'autres arrivants qui, dépassés par les événements, se laissèrent happer par leur tourbillon. Etourdie par le bruit et la chaleur, Marie crut un moment se trouver mal et dut s'appuyer contre le mur du bâtiment des douanes. - Maman, s'inquiéta Sarah, est-ce que ça va ? Marie fit signe que oui et reprit sa marche. Quelques dizaines de mètres plus loin, bousculée de toutes parts, elle regrettait déjà de ne pas avoir accepté l'offre des drogmans. Une fois de plus, elle avait fait preuve de méfiance et d'orgueil. Elle n'avait jamais sollicité l'aide de personne depuis le départ d'Alexandre, quatre ans plus tôt, et s'était fait un devoir de n'en pas demander. Elle n'allait pas commencer en terre étrangère. Et pourtant, les valises pesaient d'un poids énorme au bout de ses avant-bras, et leurs poignées sciaient la paume de ses mains. Voir la suite

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